Hypnose narrative et violences sexuelles

Fév 28, 2026

Restaurer la souveraineté du corps et du récit

Accompagner une personne ayant subi une agression sexuelle exige plus qu’un protocole. Il s’agit d’entrer dans un territoire où quelque chose d’essentiel a été violé : le consentement, les limites, la continuité du vécu, la confiance dans son propre corps.

Dans ce contexte, toute intervention peut devenir intrusive si elle n’est pas profondément ajustée. C’est pourquoi je m’oriente vers une articulation particulière : l’hypnose narrative.

Une approche qui ne cherche ni à forcer le souvenir, ni à effacer l’événement, mais à restaurer la souveraineté de la personne.

Le traumatisme : une transe imposée

Les travaux de Judith Herman (Reconstruire après les traumatismes, éditions Pocket) ont montré que le traumatisme altère durablement le sentiment de sécurité et la cohérence du récit de soi.

Après une agression sexuelle, il n’y a pas seulement un souvenir douloureux. Le corps reste en alerte, des souvenirs surgissent sans prévenir, s’installent des expériences de dissociation et surtout, l’identité se réorganise autour de l’évènement traumatisant.

Comme l’a décrit Bessel van der Kolk (Le corps n’oublie rien, éditions Albin Michel), le corps continue à porter l’empreinte de ce qui s’est produit. Le temps psychique ne suit pas le temps chronologique. On pourrait dire que le traumatisme est une forme de transe imposée : une sidération, une coupure, un état figé qui persiste au présent.

L’enjeu thérapeutique n’est pas d’arracher la personne à cet état mais bien de lui redonner un pouvoir d’action face à ce qui s’est imposé sans son consentement.

L’hypnose : restaurer le pouvoir de moduler l’expérience

L’hypnose, lorsqu’elle est utilisée avec prudence et respect, permet à la personne de retrouver une capacité fondamentale : celle de moduler son état interne.

Elle redécouvre qu’elle peut entrer et sortir d’un état, qu’elle est capable d’ajuster l’intensité d’une sensation voire de créer un espace intérieur sécurisé avec des frontières symboliques solides.

Pour quelqu’un dont les limites ont été violées, cette capacité à dire intérieurement « stop » et à sentir que cela agit est profondément réparateur.

Il ne s’agit en aucun cas de replonger dans la scène traumatique mais de d’abord restaurer un socle de sécurité.

C’est ici que l’hypnose conversationnelle offre une voie précieuse. Elle permet de travailler indirectement, par métaphores, images et déplacements symboliques, sans jamais imposer un revécu frontal.

L’approche narrative : rendre l’histoire plus vaste que la blessure

Le traumatisme n’atteint pas seulement le corps, il altère aussi l’histoire que la personne se raconte à elle-même. Beaucoup finissent par se définir à travers l’agression : « Je suis une victime. », « Je suis brisée. », « Je suis sale. »

L’approche narrative développée par Michael White et David Epston propose un déplacement majeur : la personne n’est pas le problème. Le problème est le problème.

Ce déplacement ouvre un espace.

Il devient possible alors d’externaliser la honte (la mettre à l’extérieur de soi). Cette externalisation permet de reconnaître les effets du traumatisme sans les confondre avec l’identité. Et au final, ce déplacement aide à identifier les gestes de résistance, même invisibles que l’on peut appeler des « pépites ».

Car il y a toujours eu résistance. Ça a parfois été de crier ou à l’inverse, de se taire. Et souvent, résister a été de continuer à vivre. Mettre en lumière ces actes restaure la dignité.

L’hypnose narrative : agir sur l’état et sur le sens

L’hypnose narrative articule ces deux dimensions.

L’hypnose permet d’accéder à des états internes où les ressources peuvent être ressenties. L’approche narrative permet de reconfigurer le sens de l’expérience.

Ensemble, elles offrent la possibilité de « revisiter » sans traumatiser à nouveau. Elles aident à intégrer sans effacer. Et elles permettent également de redonner du mouvement à ce qui était figé.

Dans cette approche, la personne ne revit pas l’événement pour le « purger ». Elle apprend à se repositionner face à lui. Progressivement, l’histoire change de centre de gravité. L’agression devient un chapitre, pas l’identité entière.

Restaurer la souveraineté

Le cœur de l’accompagnement n’est pas la disparition du souvenir, c’est la restauration de la souveraineté. La souveraineté du corps qui permet de sentir ses limites salvatrices et de sentir qu’on peut les affirmer. C’est aussi la souveraineté du rythme, la personne avance sans pression. Et enfin, apparaît la souveraineté du récit permettant de redevenir auteur de son histoire. Dans le contexte des violences sexuelles, cette restauration est en elle-même un acte profondément réparateur.

Pour moi, accompagner, signifie marcher à côté, sans jamais forcer, sans s’approprier le récit. Et surtout, en vérifiant toujours le consentement.

L’hypnose narrative n’est pas une technique spectaculaire.
C’est une posture : celle qui vise à rendre à la personne le pouvoir de dire, de ressentir et de se définir autrement que par la violence subie.

Lorsque le corps, le rythme et le récit ont été confisqués, l’accompagnement vise une seule chose : rendre à la personne sa souveraineté, sa dignité.

De Pierre Duray,

Hypnopraticien,

Praticien narratif

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